Comportements agressifs enfants

Les comportements dits « agressifs » / Pro

Nous allons aborder dans ce nouvel article, un vaste sujet qui vous préoccupe régulièrement : les comportements dits « agressifs ». Assez fréquents chez le jeune enfant, ce sont généralement un simple moyen de rentrer en communication avec l’autre.

Il ne s’agit pas pour eux de faire mal, mais d’agir sur l’autre, de lui envoyer un message, et de voir ce qu’il se passe. Ces entrées en interaction peuvent mettre à mal les enfants, les équipes ainsi que les parents. Nous allons tenter de trouver des pistes pour accompagner au mieux ces comportements.

Les comportements agressifs 

Qu’entendons-nous par comportement agressif ? Tout geste intrusif, créant une gêne ou une douleur chez autrui. Chez le jeune enfant cela concerne principalement le fait de taper, de pousser ou de mordre.

Selon Donald Woods Winnicott, célèbre pédiatre et psychanalyste anglais, l’agressivité aurait une double signification. Elle serait en premier lieu une réaction directe ou indirecte à la frustration. Et elle serait aussi l’une des deux sources principales d’énergie chez le jeune enfant, l’autre étant l’amour.

Entre 1 et 2 ans, l’enfant devient marcheur, l’amenant ainsi à aller découvrir les autres plus facilement. Mais le jeune enfant est encore dans un stade de découverte buccale assez important, donc parfois, il va aller « goûter » celui ou celle qui est proche de lui. Le jeune enfant peut aussi pousser, griffer un autre enfant, cherchant ainsi à entrer en interaction avec lui.

Cela va lui permettre de voir comment réagit l’autre enfant ainsi que les adultes. Car c’est quand même un bon moyen de faire bouger les adultes autour de lui et d’attirer l’attention. Le jeune enfant de 1 à 2 ans, entre dans une phase de test, l’amenant à intégrer les règles de vie en collectivité : les possibilités, les limites et les interdits. Pour que l’enfant intègre ces process, il va lui falloir, nécessairement, les répéter.

À cet âge, l’enfant n’a pas un langage assez développé pour exprimer tout ce qu’il souhaite. De fait, l’enfant qui se fait arracher un jeu risque de mordre ou de taper en réagissant de manière pulsionnelle. L’enfant défend ainsi son espace « vital », son espace de jeux qui fait ce qu’il est, à cet instant T. Plus tard, il pourra l’exprimer « c’est mon jeu, donne-le-moi. ».

C’est une période où le jeune enfant a une prémisse de conscience de lui et des autres, sans pour autant bien différencier l’un et l’autre. Il rencontre des difficultés à comprendre pourquoi il ne peut pas être à la fois celui qui regarde et celui qui joue avec. C’est pour cela que les jeunes enfants veulent souvent le jouet qui est en action dans la main d’un autre enfant.

Un exemple de votre quotidien : Léo joue avec une petite voiture, il la fait rouler et s’amuse à faire du bruit avec sa bouche en même temps. Camille, qui l’observe depuis quelques minutes, vient lui prendre la voiture des mains. Léo pleure. Camille regarde la voiture dans sa main pendant plusieurs secondes puis la jette par terre. Ici typiquement ce qui intéressait Camille, c’était l’action que Léo effectuait avec la voiture. Une fois qu’elle l’a dans sa main, la voiture ne bouge pas et ne fait pas du bruit : de fait, elle a perdu tout son intérêt. En tant que professionnel, il faut avoir en tête que ce comportement est normal, il fait partie d’un stade de développement. Vous pouvez de votre côté consoler Léo qui pleure, et expliquer à Camille la situation.  Lui nommer pourquoi Léo pleure et lui indiquer qu’il y a d’autres voitures ailleurs qu’elle peut prendre pour jouer si elle le souhaite.

Le conflit n’est pas nécessairement négatif, il est la réaction entre deux désirs distincts. L’affirmation de soi peut quelques fois se faire au détriment de l’autre, c’est pourquoi il faut sans cesse accompagner (être vigilante) les interactions pour qu’elles soient vécues le mieux possible.

Un comportement agressif peut être :

  • La manifestation d’une excitation positive comme négative. 
  • La réaction à une frustration trop complexe à gérer émotionnellement
  • Une tentative de communication plutôt maladroite avec l’autre
  • Un moyen de défense
  • Un besoin d’explorer passant par la bouche (morsure) ou des douleurs dentaires
  • Un moyen d’obtenir l’attention de l’adulte
  • La manifestation d’une fatigue trop intense
  • L’expression d’un environnement instable ou non sécure
  • En lien avec des comportements maltraitants vus ou subis.

Les connexions neuronales du tout petit ne lui permettent pas de raisonner comme un adulte pourrait le faire. L’enfant est immature, ce sont donc ses émotions qui dominent ; l’incitant, de fait, à agir de manière pulsionnelle. La pulsion agressive fait partie du jeune enfant, c’est une réelle source d’énergie, il faut donc composer avec.

En tant que professionnel, vous allez devoir accompagner cela de manière bienveillante en accueillant les états émotionnels des deux enfants (l’agresseur et l’agressé). La colère pour l’un et la tristesse pour l’autre et/ou inversement. Quelques fois, l’agresseur peut avoir peur, ou pleurer parce qu’il s’est senti agressé, et celui qui est agressé ne pas trop comprendre ce qu’il se passe. Pour accompagner au mieux, il est préférable d’avoir vu l’action se dérouler. Si tel n’est pas le cas, on tente de comprendre au mieux pour verbaliser.

Vous pouvez également faire face à des situations où un « grand » ne supportant plus les pleurs d’un bébé va venir le déranger physiquement. Par exemple, lui mettre la tétine de force dans la bouche, car fin observateur qu’il est, il a repéré que quand un bébé pleurait trop vous lui donniez sa tétine. L’intention première est bonne, mais le résultat ne sera pas forcément celui espéré. A ce moment, si le bébé continu de pleurer, le plus grand trop agacé pourrait alors taper le bébé ou le pousser pour que les agressions auditives cessent. La volonté du plus grand n’étant évidemment pas de faire mal, mais de faire cesser quelque chose qui l’insupporte. Il est essentiel pour comprendre les comportements agressifs d’observer les enfants dans leur quotidien afin de décrypter au mieux ce qu’il se passe pour eux.

Comment gérer les comportements agressifs et ce que cela engendre ?

  1. Dépersonnaliser le geste. Le comportement agressif n’est pas dirigé contre un autre enfant parce que ce dernier ne l’aime pas, mais parce qu’à ce moment-là dans son cerveau, il n’arrive pas à réguler quelque chose. L’instinct pulsionnel prend alors le dessus, et l’enfant trop proche en fait les frais. Accordons-nous sur le fait que nous n’allons pas demander à un enfant pourquoi il a mordu, ou pourquoi il a tapé. D’une part, car il est bien incapable de répondre à cette question et d’autre part, car vous risquez de renforcer un sentiment de culpabilité.
  2. Accompagner l’enfant agresseur. En lui expliquant l’impact de son geste sur l’autre enfant « Léonard pleure, tu vois, quand on tape ça fait mal. ». Et surtout en essayant d’accompagner la frustration de l’enfant « Je vois que c’est difficile pour toi en ce moment, tu veux rester un peu avec moi ? ». L’enfant agresseur a souvent un regard surpris rempli d’incompréhension, et cherche un adulte pour venir consoler l’enfant qui pleure. Il peut aussi pleurer en même temps que l’enfant agressé. Il va falloir poser des mots simples et clairs permettant à l’enfant d’intégrer ce qu’il se passe. Il n’y a aucun intérêt à demander à l’enfant de dire pardon, c’est un concept qu’il ne maîtrise pas, et qui n’a pas de sens pour lui. Il a simplement besoin de « décharger » sa colère. Celle-ci peut se transformer en tristesse, et c’est plutôt sain, cela présage une fin de crise. Le jeune enfant doit pour cela se sentir pleinement autorisé à vivre ses émotions. Le professionnel doit donc être bienveillant tout en gardant un cadre et des limites. Si un enfant est frustré car il n’a pas le droit de faire quelque chose, il vous faudra accompagner sa frustration jusqu’à ce qu’il fasse preuve d’acceptation, même si cela doit passer par une colère pulsionnelle. L’objectif est d’accompagner la frustration en la laissant exister tout en assurant la sécurité des uns et des autres. Vous pouvez parler à l’enfant « Je vois que c’est compliqué pour toi » ou « Je suis là » ou encore « Viens, on va courir dehors ». Vous pouvez aussi simplement rester à côté de lui : il viendra vers vous dès qu’il en aura besoin. Enfin, vous pouvez lui offrir vos bras pour un câlin réconfortant.
  3. Accompagner l’enfant agressé. Il est évident que vous n’allez pas le laisser de côté. C’est même la plupart du temps, le premier que vous allez prendre en charge. Poser des mots sur ce qu’il vient de se passer, sur les pleurs éventuels, sur la douleur, et sur ses émotions. Il n’est pas question de nier la souffrance que cela implique, mais il n’est pas question d’en rajouter non plus. Proposez-lui vos bras pour le réconforter, un câlin ça fait toujours du bien dans ces moments-là. Vous pouvez lui demander s’il a besoin de son objet transitionnel ou de sa tétine. Montrez que vous êtes là pour lui et que vous vous souciez de son bien-être. Cela facilitera le retour à la sérénité. Des mots apaisants et une voix posée pour accompagner des maux compliqués.

Comment réduire les comportements agressifs ?

  1. Apporter le plus de repères possibles. Vous permettrez à l’enfant de structurer mentalement sa journée : le temps d’accueil, temps chanson, activité puis lecture puis repas…. Le jeune enfant sera sécurisé par ces rituels quotidiens laissant moins de place aux flottements plus complexes à gérer pour lui. Pour l’enfant, chaque détail de sa journée compte. Si par exemple vous avez une chanson avant de manger, et qu’un jour celle-ci n’est pas chantée, certains enfants peuvent se retrouver bloqués et ne pas avoir envie de manger. Le rituel n’étant pas passé, ils ne sont pas en capacité de débuter leur repas. Il est donc essentiel de donner des repères aux enfants et que ceux-ci soient cohérents en équipe.
  2. Aménager l’espace de la crèche en facilitant les coins isolés du groupe. Vivant au sein du groupe toute la journée, il est essentiel que les enfants puissent s’en écarter de temps en temps, quand ils en ressentent le besoin. En offrant cette possibilité aux enfants, vous réduisez les potentielles tensions dans le collectif. Aménager un petit coin cocooning avec un matelas, des petits coussins, un ou deux livres, des doudous (de la crèche) … que cela devienne un espace ressourçant pour les jeunes enfants.
  3. Limiter le nombre d’enfants présents sur une activité. Vous serez alors plus disponible pour chacun, réduisant ainsi le risque de frustration. En restreignant le nombre d’enfants en même temps au même endroit, vous laissez une véritable place à chacun. Il faut donc, en équipe, être organisé pour permettre ce dégroupage régulier, afin de bien vivre ensemble. Par ce biais, vous allez pouvoir répondre au mieux aux besoins des enfants.
  4. Anticiper en observant les situations récurrentes, celles qui mettent en difficulté les enfants, afin de mieux les accompagner. Il en va de même pour le comportement des enfants : un enfant trop excité, ou énervé (voir très agité) doit être accompagné pour soulager son état de « nerf ». Dans ces moments-là, il est adapté de proposer un jeu plutôt calme, en duo avec le professionnel si possible, un temps de massage ou un temps dans l’espace Snoezelen. Ce temps consacré à l’enfant va lui permettre de se recentrer sur lui-même, de se concentrer, réduisant ainsi son état d’excitation.

Au-delà des 2 ans, on pourrait penser que cette période de pulsions agressives est terminée. Les règles de vie sont relativement intégrées, ils connaissent leurs pairs et le langage leur permet d’éviter certaines agressions. Même si cela est plus rare, il se peut que des « grands » aient ce genre de comportement. Souvent liés à la frustration trop forte ou mal assimilée, ou alors à cause d’un changement important dans la vie de l’enfant. Par exemple : un déménagement, l’arrivé d’un bébé dans la famille ou une séparation des parents. Les états d’âmes psychologiques du jeune enfant se ressentent assez souvent dans les pulsions agressives. Néanmoins, on observe que les 2-3 ans se tournent vers des jeux symboliques, stimulant leur « intelligence intuitive » comme le nomme Jean Piaget, psychologue suisse. Cette phase va véritablement permettre à l’enfant de jouer avec ses pairs par le biais de la mise en pratique de jeux d’imitation. Facilitant ainsi les interactions avec les autres enfants. Les manifestations agressives pourront alors se transformer en jeux combatifs comme les pirates, les chevaliers, la bagarre… Ces derniers ne posent pas de problèmes tant que chacun y trouve son compte. Il se peut qu’un enfant extériorise sur une poupée afin de décharger. Qu’il morde ou tape celle-ci n’est pas dérangeant si cela lui permet d’aller mieux.

Et les parents dans tout ça ?

La communication avec les parents est primordiale dans ces moments-là. Plus vous allez échanger, discuter, expliquer aux parents ce qu’il se passe, plus vous gagnerez leur confiance.

Vous pouvez prévenir en expliquant qu’une morsure peut arriver, que vous savez gérer ces situations : c’est un thème récurrent des réunions avec les parents en début d’année scolaire.

Vous devez accompagner. Face aux traces de morsures sur son enfant, un parent peut être triste, en colère voir même agressif. Le parent peut vouloir régler lui-même le « problème », en vous demandant le prénom de l’enfant agresseur. Par déontologie, vous n’allez pas donner le prénom de l’enfant agresseur, pour qu’il ne soit pas stigmatisé par les autres parents. C’est à vous en tant que professionnel de maintenir le cadre, vous êtes le détenteur des règles de vie de la micro-crèche.

Expliquez aux parents la situation. Face aux potentielles accusations de non-vigilance, nous vous conseillons d’expliquer aux parents qu’il n’y a pas eu de défaut de surveillance (si vous avez bien vu ce qu’il s’est passé), mais qu’un quart de seconde suffit pour qu’un comportement agressif s’exprime sans que nous ne puissions agir.

Rassurez les parents. Le comportement agressif a été discuté avec les deux enfants concernés et chacun a été accompagné. Un dialogue avec les parents de l’enfant agresseur, si cela est récurrent, est essentiel. La référente technique se doit de prendre un temps dans le bureau pour échanger sur la situation, sur le vécu de l’enfant.

Réfléchir avec les parents pour dédramatiser cette période complexe. Les comportements agressifs étant une manifestation normale chez le jeune enfant, les adultes ne doivent pas lui donner plus d’importance ou de symbolique qu’il n’en a réellement. Les situations dégénèrent souvent.

Et l’équipe ?

Il n’est pas toujours évident de travailler sereinement avec des comportements qui ne nous semblent pas adaptés. Les comportements dits « agressifs » peuvent poser des difficultés au sein de l’équipe. Certains professionnels peuvent être heurtés par des faits répétés. En parler en réunion est indispensable pour tenter de décrypter ce qu’il se passe. Cela permettra de réajuster la pratique professionnelle si besoin ou bouger l’aménagement de l’espace. Comprendre ensemble ce qu’il se passe pour tenter de résoudre ces déconvenues. Il peut être douloureux pour des professionnels d’avoir à gérer ces situations, cela peut faire écho à des ressentis très profonds pouvant déclencher des réactions disproportionnées. Soyez bienveillant envers vos collègues dans ces périodes difficiles, la cohésion est de mise.

Les Analyses de Pratiques Professionnelles peuvent être un bon outil pour prendre du recul sur les situations et avoir des pistes complémentaires. Un regard extérieur offre la possibilité de prendre de la hauteur pour mieux travailler avec les enfants.

Pour conclure, on observe, on pose des mots apaisants, on réconforte, on accompagne. On permet aux enfants et aux adultes d’exprimer leurs émotions. L’organisation de réunions ou de temps d’échanges en analyses de pratiques seront essentielles pour sortir de ces situations complexes. Votre accompagnement auprès des enfants sera primordial pour faire en sorte que le quotidien se passe bien. Ces situations sont amenées à revenir de façon régulière puisqu’elles font partie du développement de l’enfant. Il est essentiel de savoir y faire face en équipe pour ne pas être pris au dépourvu quand cela arrive.

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