pleurs de bébé

Les cris des bébés / Pros

Les vacances sont terminées, vous voilà de retour à la crèche avec son lot d’adaptations. Le programme est, en règle générale, assez chargé, car il faut gérer de nombreuses adaptations en même temps. Des adaptations de grands, mais aussi de bébés. Ces dernières peuvent être un peu plus complexes à certains moments, notamment quand ces bébés ont un besoin de réconfort affectif plus intense.

Les cris sont alors plus présents, plus réguliers et/ou plus conséquents. Comment faire alors pour gérer les cris des bébés ? Comment accompagner le reste du groupe qui subit aussi les cris ? Et comment en tant que professionnel, je gère cela au quotidien ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre.

Le bébé un être communicatif, le professionnel un être répondant

Le cerveau du bébé grandit extrêmement vite durant les deux premières années de sa vie. La masse de son cerveau va tripler permettant ainsi d’enregistrer de nouvelles choses. C’est durant la période allant du premier au sixième mois que le développement cérébral est le plus important. Le cerveau humain est le centre de commande du corps, il apprend quotidiennement.

Les cris sont le seul moyen de communication du bébé. Ceux-ci ont le pouvoir de déclencher chez l’adulte un état de stress et de générer un encombrement cognitif poussant ainsi à s’occuper du bébé. Notre cerveau se décentre de sa tâche initiale pour prioriser la réponse au bébé. C’est ainsi que ce dernier assure sa survie. En effet, le bébé est totalement dépendant d’autrui, il doit se faire entendre et se faire comprendre pour réussir à survivre.


Les cris déclenchent plusieurs choses chez l’adulte : un état de stress, d’angoisse, une augmentation du niveau d’éveil et une augmentation du rythme cardiaque. Cet état va vous permettre d’être 100 % disponible pour les besoins du bébé, mais peut aussi vous mettre à mal. En tant que professionnelle, vous devez vous protéger de cela pour tenir sur le long terme. Le relais au sein équipe est essentiel pour accompagner au mieux les enfants. Il est important d’en échanger en équipe et de bien notifier qu’à certains moments c’est au-dessus de nos forces : il faut l’accepter, ne pas le juger, et passer le relais.


En tant qu’adulte, vous allez plus facilement répondre aux cris de bébés qu’aux pleurs d’adultes. Là aussi, vous n’y pouvez rien. Les cris de bébé induisent une réponse plus rapide des structures auditives et émotionnelles. Cette différence d’activation permet d’identifier rapidement les cris déclenchant ainsi les circuits émotionnels et moteurs.

Le bébé a-t-il toujours une bonne raison de crier ?

Vaste question : a-t-il besoin de crier ? De décharger ? Cherche-t-il votre attention ? A-t-il besoin de quelque chose ?… La liste pourrait être très longue, mais une chose est sûre : le bébé a toujours une bonne raison de crier !

Le cri du bébé est un réflexe. À cet âge, il n’y a aucune intention, car il n’a pas la capacité de chercher à vous manipuler, vous le savez bien. Si un bébé crie, c’est qu’il a besoin de vous, il cherche à communiquer par ce biais. Gardez en tête que le bébé n’a aucun autre moyen à sa disposition pour communiquer. Le cri va lui permettre d’exprimer un inconfort (froid, sommeil, faim,…) ou un besoin de réconfort (être dans les bras, en peau à peau). Cela peut aussi être lié à des douleurs (coliques, rot). Le bébé va avoir besoin que l’on apaise ses cris, il a un besoin vital de se sentir en sécurité affective pour bien grandir.

Pas facile de toujours comprendre ce dont le bébé a besoin, cependant en tant que professionnel de la petite enfance, vos bras et vos paroles sont vos meilleurs atouts. Un bébé porté est souvent un bébé rassuré, il se sent moins seul du fait de la proximité corporelle que vous lui offrez. Sécuriser un enfant, c’est lui permettre de renforcer son for intérieur, ouvrant ainsi plus facilement les portes de l’autonomie future. Attention simplement au bon dosage, à ne pas porter le bébé dès qu’il pleure, mais bien quand il en a besoin.

La frontière est mince mais très importante, car elle peut entraîner une relation dynamique perverse. Je m’explique : le bébé pleure, le professionnel répond aussitôt, le bébé s’arrête de pleurer. Le professionnel pose le bébé et les pleurs redémarrent… et ce tout au long de la journée. Cependant, vous repérez que cela n’a lieu qu’avec un seul professionnel, et que le reste du temps ce bébé pleure moins et trouve des moyens de se ré assurer. Il y a alors là quelque chose de la relation entre le bébé et le professionnel en question qui n’est pas bien dosé, une sorte de dépendance. Cette dernière peut engendrer un épuisement professionnel ainsi qu’un mal-être chez le bébé. Ce n’est pas grave et cela peut arriver à tout le monde, il suffit d’en prendre conscience pour prendre de la distance 😉.

Il est tout aussi possible et souhaitable d’accompagner les cris des bébés par la parole. Des mots juste posés sur ce que l’on observe du jeune enfant : « Je vois que ça ne va pas, je vais essayer de t’aider », « tu as faim ? Ça y est, c’est l’heure ? On va aller préparer ton biberon », « je vois que tu as sommeil, je t’emmène te reposer dans ton lit », ….

Les mots et les phrases à notre disposition pour réconforter les bébés sont innombrables, alors profitons-en. Parler à l’autre, c’est déjà lui montrer que l’on s’intéresse à lui, que l’on cherche une solution pour l’aider. Si vous n’avez pas encore su décrypter à quoi correspond le cri lié au besoin du bébé à l’instant T, vous pouvez au moins l’envelopper de vos bras, de vos mots et de votre bienveillance. Vous apaiserez son niveau de stress avant de répondre à son besoin.

Lorsqu’un bébé crie, il libère du cortisol (hormone du stress). Lorsque le professionnel le console, le taux de cortisol diminue. Cela amène donc le bébé à trouver une source d’apaisement, produisant ainsi de l’ocytocine (hormone de l’amour). Ces événements de stress, sont vraiment très intenses pour le bébé, ils sont nécessaires à son développement, mais pas toujours évidents à vivre. Stocké en grande quantité, le cortisol peut rester dans le cerveau pendant des jours… Ce qui induit le « plus un bébé cri (sans réconfort) plus il va crier ! » C’est purement chimique.

Que faire quand en tant que professionnel, je suis seul avec plusieurs bébés qui crient en même temps ? Je respire profondément, j’apaise en premier lieu les bébés dont je connais leur besoin immédiat. Cela va permettre de diminuer le volume sonore des cris et l’inconfort éventuel qui va avec. Ensuite, j’avance au cas par cas, je rassure par la parole, par le portage si besoin ou par la proximité immédiate de ma présence. Les pleurs en cascade ne sont pas toujours simples à gérer, mais votre calme face à la situation sera votre meilleur atout.

Bien aménager l’espace bébé.

Voilà le plus complexe, comment gérer le groupe d’enfants dans la micro-crèche tout en répondant aux besoins de chacun ? Comme faire en sorte que les bébés trouvent leur place et aient des points d’ancrage pour ne pas surcharger la micro-crèche de cris ?

En premier lieu, on crée un espace dédié aux bébés et rien qu’à eux, barrière ou pas barrière là n’est pas le débat. On positionne de préférence le coin bébé dans un angle de mur, comme cela, il y a déjà deux côtés sécurisés. On distingue bien l’espace des bébés, des autres espaces ; et on inculque très vite aux autres enfants que cet espace-là ne leur ait pas accessible. On verrouille alors une partie de la question sécuritaire, les grands ne s’approchent pas trop des bébés pour ne pas leur faire peur. En effet, la vitesse d’approche des grands ou leur maladresse en voulant donner un jeu, peut être source de cris du côté des bébés.

Ensuite, on sécurise le(s) bébé(s), en permettant à un professionnel d’être assis au sol près d’eux (dans leur champ de vision) autant que possible. La position de phare allumé en tant que professionnel est dans ce cas très bénéfique, vous êtes en position centrale, visible et vous pouvez observer tous les enfants. Un bébé sans repère visuel d’adulte peut être vite insécure, se sentant comme abandonné. Le bébé sait qu’il dépend de l’adulte. S’il ne vous voit pas ou ne vous entend pas, cela peut vite devenir une source d’inquiétude entraînant des cris. Dans les premiers temps, il est souhaitable que ce soit toujours le même professionnel présent auprès des bébés afin de créer un véritable repère. Cependant, nous savons bien que ce n’est pas toujours évident, que cela dépend de l’organisation de la crèche, des plannings…. Lors des premiers temps (adaptation, et premiers accueils), il est important de revoir les plannings afin que cela soit possible. C’est une réorganisation courte mais nécessaire, vous y gagnerez en sécurisant ainsi dès le début les nouveaux bébés accueillis.


Pour continuer à aider les bébés, garder de préférence quelques hochets, anneaux de dentition, petits objets à disposition. Si vous le pouvez, privilégier un petit contenant par bébé avec différents « jeux », toujours les mêmes (à renouveler en fonction de son stade de développement). Les repères sont essentiels chez le tout petit, offrez-lui un espace sécurisé et sécurisant pour l’apaiser. Pour accentuer le côté sécurisant de cet espace bébé, vous pouvez abaisser la hauteur sous plafond en accrochant un tissu ignifugé. Cela permettra d’atténuer la sensation de vide.

Pour comprendre ce phénomène, allongez-vous simplement par terre et regardez le plafond…vous verrez qu’il est bien plus haut que ce que vous pensiez 😉.

Pas évident de s’occuper d’un bébé ou de plusieurs à plein temps !

S’occuper des bébés demande une disponibilité et une patience à toute épreuve. Pour ce faire, il n’y a pas de secret, il faut se relayer. Une question première : les plannings ! La continuité de soins sur la journée pour les bébés, nous le savons est très importante ; cependant, posons-nous une autre question.

Est-ce que la continuité d’accueil des bébés sur une journée pour le professionnel référent n’est pas trop conséquente ? Évidemment, les besoins des bébés sont une de nos priorités, c’est indéniable. Cependant, un professionnel fatigué des cris de bébés est-il plus apte à s’occuper des bébés, qu’un autre qui prendrait le relais à la mi-journée et serait plus détendu ?

Je vous invite à réfléchir clairement en équipe et à vous positionner dès le début sur une organisation concrète. Le fait de se relayer permet une meilleure attention du professionnel, moins de fatigue psychologique donc plus de disponibilité et moins de stress renvoyé vers le bébé. Surtout quand les cris sont longs et répétés. Les journées des professionnels doivent être suffisamment bien dosées pour ne pas ajouter de fatigue trop conséquente.

La contenance psychique

C’est à la fois, porter notre regard sur l’enfant et penser à lui quand on ne le voit pas.

Cela relève du positionnement professionnel, de tout ce que l’on met en place au long de la journée pour accompagner l’enfant. Le fait d’être assis au sol, par exemple, contribue à cette contenance psychique. Avez-vous remarqué que lorsqu’aucun adulte n’est pas disponible, les enfants crient et font plus de bruits ? Ils ont besoin d’une référence adulte stable et fixe pour appréhender le monde qui les entoure et ce qu’il s’y passe. Les sentiments de sécurité et de contenance sont la clef d’une plus grande sérénité.

C’est pour cela qu’il est nécessaire de bien réfléchir au planning des professionnels et à qui fait quoi afin d’assurer une stabilité constante auprès des enfants.
Les repères que vous allez instaurer tout au long de la journée sont aussi très importants, cela fixe un cadre permettant de mieux maîtriser le déroulement de la journée. Permettant ainsi aux enfants de s’ancrer dans un quotidien rassurant, puisque déjà connu. Contenir l’enfant psychiquement, c’est aussi lui permettre d’exprimer ses émotions, de les accueillir afin qu’il se sente compris et accompagné.

La contenance physique et verbale

Contenir l’enfant physiquement, c’est tout d’abord aider l’enfant à ressentir son corps, à intégrer les limites de celui-ci.

En le portant, mais aussi en lui changeant sa couche, en le berçant, en donnant son biberon… C’est ce que Winnicott nomme le Holding. Cela est essentiel, comme nommé plus haut. C’est toute l’attention psychique et physique que vous portez à l’enfant qui lui permettra de se développer sereinement.

La contenance physique permet à l’enfant de se détendre, de se détresser. Gardez en tête que sept secondes de contenance physique permettent à l’enfant de libérer de l’ocytocine, l’hormone qui contribue au bien-être, à la détente.
La contenance verbale est essentielle pour assurer un accueil de qualité des enfants. Quoi qu’il se passe, il faut nommer, parler, mettre des mots sur les actions, sur les émotions…. C’est cela qui va permettre à l’enfant de se projeter et de comprendre le monde qui l’entoure. Plus vous nommez les choses, plus il va les intégrer. Mettre des mots sur ce que vit l’enfant, c’est lui expliquer ce qu’il se passe, ou ce qu’il va se passer pour lui. Par exemple : «Je vais changer ta couche, tu viens avec moi ? ». Préparer verbalement l’enfant à ce qu’il va lui arriver lui montre que vous le prenez réellement en compte.

Et le reste du groupe ?

Il n’est pas chose aisée en tant que professionnel de s’occuper des bébés ou du bébé qui crie sans délaisser le reste du groupe. Nous savons pertinemment qu’en crèche, c’est bien là le travail le plus difficile, répondre au besoin de chacun, tout en les accompagnant tous.

Pour ce faire, il faut un planning bien pré défini à l’avance, savoir qui s’occupe des bébés et qui s’occupe du groupe moyens-grands. Cela permet déjà au professionnel d’avoir en tête quel groupe elle accompagne sur un temps donné.

La pression est alors moins conséquente que si tous, les professionnels gèrent tous les enfants. Le professionnel en charge du groupe de moyens-grands se doit d’être attentif de l’impact des cris des bébés sur les autres enfants. Si ces cris ne sont pas anodins pour les adultes, ils ne le sont pas non plus pour les enfants.

C’est le moment de proposer des choses à l’écart des bébés, des ateliers, des jeux, des moments dans le jardin pour leur permettre d’évacuer les tensions potentielles qu’ils ressentent. Cette période-là est aussi favorable pour échanger avec les grands sur le « pourquoi un bébé pleure », expliquer comment vit un bébé, qu’il n’a pas la capacité de faire comme eux qui sont déjà grands…. La verbalisation est également très importante pour les grands afin de les aider à comprendre ces petits êtres qui font beaucoup de bruit dans la crèche et font l’objet de beaucoup d’attentions de la part des professionnels. C’est aussi le bon moment pour leur expliquer le « prendre soin de l’autre ». Certains enfants vont d’ailleurs le faire d’eux-mêmes en allant chercher le doudou et/ou la tétine du bébé qui pleure, vous devançant ainsi pour lui donner.

Enfin, soyez vigilants au phénomène de régression : très fréquents, ils ne sont pas inquiétants s’ils ne durent pas dans le temps. Cela permet à certains enfants de ré ancrer des choses déjà acquises ou de les consolider, comme le quatre-pattes par exemple. Lors de ces périodes où les bébés demandent beaucoup de temps et d’énergie, il est important de garder une bonne dose de patience pour les moyens-grands, qui ont aussi besoin de vous. Cela reste des tout petits grands 😉.

Vous l’aurez compris, les bébés sont de petits êtres complètement dépendants, et vous êtes là pour assurer leur sécurité physique et psychique. Vous avez maintenant quelques clefs pour avancer plus sereinement avec les bébés dans votre crèche. Patience, contenance, communication et aménagement de l’espace sont indispensables pour les accompagner au mieux.

Petit plus : lexique de bébé

Lexique des cris de bébé, non-exhaustif :
Identifiés par Priscilla Dunstan, pédiatre australienne, les cris primaires de bébés ont été catégorisés en 8 sons distincts.


Nèh « j’ai faim » : le bébé colle sa langue au palais et la redescend, il simule la succion en pleurant. Il serre ses poings.


Eh, « j’ai besoin de faire un rot » : après la tétée, de l’air peut rester bloqué dans l’œsophage, les muscles se contractent pour essayer d’expulser l’air, d’où ce bruit guttural. Aidez le bébé à faire son rot et ne le reposez qu’une fois que c’est fait.


Aoh « je suis fatigué » : ce son s’échappe lors d’un bâillement, bouche ouverte en forme ovale. Il tourne sa tête de gauche à droite. Il est temps de coucher le bébé.


Eerh « j’ai des gaz » : le bébé sert les poings et se contracte, le ventre se durcit. Massez-lui légèrement le ventre ou posez son ventre sur votre avant-bras afin de l’aider à se libérer.


Hèh « je ne suis pas bien » : c’est une sorte de gros soupir dans le sanglot.


Guèn « j’ai mal aux dents » : le bébé salive beaucoup, il met ses doigts à sa bouche comme s’il voulait se masser les gencives. Le bébé déglutit en bougeant les mâchoires.


Nah « j’ai soif » : le bébé a la bouche sèche, il essaie de déglutir pour la mouiller. Proposez-lui un peu d’eau dans un biberon ou à la petite cuillère.


Ouin, « je n’en peux plus » : le bébé a le corps tout contracté seul la bouche est grande ouverte. Il tremble un peu et fait des mouvements saccadés. Prenez-le dans vos bras et rassurez-le.


Lelaol « je me sens seul » : ce sont de petits cris plaintifs, le bébé a simplement besoin de vous. Prenez-le dans vos bras et rassurez-le.

Les autrices sont Éducatrices de Jeunes Enfants.

Kathleen Fauret est référente pédagogique dans le réseau de micro-crèches Les p’tits Babadins. Audrey Bouté est coordinatrice pédagogique.

Cet article est un travail à quatre mains, rédaction par Kathleen, relecture et nouveaux apports d’Audrey, il reflète la pédagogie qu’elles mettent en place chez Les p’tits Babadins.

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